Le monde d'après

Repenser ce monde en changement
 

Enchâssés dans un monde pris entre les bouleversements liés à la COVID-19, le culte du « je, me, moi » qui prend toujours plus d’ampleur et les changements climatiques qui nous menacent, les artistes du collectif ART 46/74 ont voulu repenser ce monde en constant changement. Une réflexion qui, partant de leur propre vécu, les mena à une interrogation plus générale sur l’être dans son milieu. L’exposition LE MONDE D’APRÈS témoigne de ces questionnements et des pistes de réponses qu’ils se sont donnés. 

 

Parmi celles-ci, cette idée maîtresse que le besoin de contacts et de liens avec les gens dont ils avaient été privés à cause de la pandémie pourrait aussi enrichir leurs cheminements créatifs. Puisque « L’autre » leur était apparu comme un aspect essentiel de la survie dans un monde en pleine mouvance, pourquoi alors ne pas lui faire une place encore plus concrète dans leurs propres œuvres. 

 

À partir de ce constat, leur démarche artistique collective s’est alors axée sur l'échange entre eux d’objets et de matériaux provenant de chacun de leur atelier. Chaque artiste a donc ainsi créé une ou des œuvres individuelles où, de diverses manières, s’intègre la présence de « l’autre » dans son travail. Une vision, leur vision tout autant commune qu’individuelle du MONDE D’APRÈS. 

 

 

 

 

L'essentiel

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J’ai été confinée, arrêtée, paralysée malgré ma volonté. L’inertie m’a nourrie et a renchéri mes réflexions sur le MONDE D’APRÈS : La technologie a enfermé l’homme dans des bulles idéologiques. Désormais, celui-ci se nourrit d’algorithmes. La technologie a séparé les classes sociales; donné naissance à des braqueurs invisibles; créé une nouvelle féodalité; édifié les idéaux du transhumanisme; provoqué des guerres et affrontements technologiques.

Je suis imprégnée de ce monde en mutation. Pour m’apaiser, j’imagine installer (une à une) mes tesselles de pierre et de verre. Je construis mentalement mes mosaïques du futur afin de m’endormir paisiblement.

La pratique de la mosaïque est pour moi une réponse aux bouleversements sociaux provoqués par l’ère informatique où tout est rapide, axé sur soi, parfait, performant, formaté et...éphémère.

Je reviens à l’essentiel : l’apport de la

main de l’homme et la récupération de matériaux. Je qualifie mon art de slow art. À travers ce médium,

je fais l’éloge de la lenteur.

Danielle Benoît

 

 

 

 

Turbulence de l'eau

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Évoluant entre une forme d’abstraction lyrique et de paysage abstrait, c’est principalement autour du thème de l’eau que mon travail

s’articule.

Récemment j’ai ressenti le besoin d’élargir ma pratique de la peinture vers le procédé mixte dans le sens de sonder la matière en ajoutant d’autres matériaux.

Dans la présente exposition, mon exploration part d’assemblages et de liens matériels qui unissent les artistes du collectif. Le tout s’intégrant dans des environnements picturaux suggérant un monde onirique, une gestation, une chute d’eau, une mer houleuse, une débâcle.

Parce que l’eau est vitale et de nos jours, cette ressource naturelle est de plus en plus en danger.

Maryse Guyot

 

 

 

 

Recodifier

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L’informatique et la robotique vont désormais bouleverser notre façon de vivre. Ce que je croyais être de la science-fiction est réalité à nos portes, il est minuit moins une et nous y sommes poussés malgré nous.

Ma vision utopique d’un monde fondamentalement bon, a été ébranlée. Une société désengagée de liens avec autrui devient aussi facile à manipuler qu’à corrompre. Elle est capable du pire et du meilleur.

L’intelligence artificielle s’invite insidieusement dans tous les secteurs de nos vies. La vision d’une technocratie programmée par celle-ci, quoique réductrice des possibilités immenses de l’être humain et de la nature, devient possible.

Dans mes plus beaux rêves naîtra une profonde remise en question de ce que nous serons dans le « monde d’après ». Cependant, mes plus sombres projections me disent qu’elle nous sera imposée.

Lors de cette exposition, j’ai choisi d’explorer à ma façon le langage informatique de base, soit le 0 et le 1 en utilisant la répétition et l’alternance de façon aléatoire. Ce travail a initié une réflexion qui me permet de « recodifier » ma vision de la vie et d’interroger nos moyens de perception et de communication.

Charlotte Gagnon

 

 

 

 

 

S'émerveiller

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Le monde d’après ce grand tremblement de terre que fût la Covid, c’est aussi, lorsqu’on y pense un peu, le monde d’avant le grand effondrement écologique qui est là, devant nous. Oui, malheureusement, tout près de nous.

Sortant à peine d’un temps où, ébranlés, nous avons pu voir de près la fragilité de tout ce que nous prenions pour acquis, il se trouve que collectivement, nous y avons vu aussi, je pense, notre propre fragilité.

Est-ce que tout ça nous a fait cheminer? Est-ce que ce monde d’après pourra nous aider à faire reculer ce qui est déjà là devant nous?

Je pense que oui. Auparavant, rappelez-vous, nous en voulions toujours plus, ne rêvant que de tous ces bouts du monde où nous trouverions enfin un peu de cette beauté infinie dont nous avons tant besoin. Et dire que nous avons dû, pendant un temps, nous contenter du peu et du près. Un espace restreint qu’il a bien fallu apprivoiser pourtant et creuser, et explorer aussi et tout ça, pour y trouver un peu d’air frais. Pour plusieurs, ce fut une révélation... il y avait là, tant de merveilles!

Oui, tant de merveilles dans cet espace autour de nous.

Même si, aujourd’hui, le chant des sirènes du lointain nous appellent déjà à oublier tout ce merveilleux logé au cœur du quotidien, je crois que de redécouvrir sous un nouveau jour ce qui avait été mis de côté par mes amies artistes d’ART 46/74 est un pas de plus, pour moi, dans la poursuite de cette exploration du peu et du près. Un pas qui s’ajoute à d’autres et à d’autres venant de partout. Des pas qui s’inscrivent tous dans une démarche visant à repenser notre monde et son avenir. Notre futur...

Michel Tremblay

 

 

 

 

Simplifier

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Le monde d’après n’aura d’autre choix que de se vivre dans un mouvement de retour à la base afin de mieux solidifier et ancrer notre passé dans le futur.

Confinée dans mes réflexions depuis des mois, de ce temps d’arrêt forcé, je retiens le besoin de simplifier mon existence et de mettre l’emphase sur l’essentiel : les valeurs, les biens, les pensées. Vivre avec moins, faire avec moins.

Au niveau de ma démarche artistique, ce retour aux sources m’amène à vouloir limiter ma palette en ne travaillant qu’à partir des trois couleurs primaires (bleu, jaune et rouge) en plus du noir et du blanc.

Définitivement, mon monde d’après sera dépouillé. Et même à partir de si peu, les possibilités demeurent infinies. Il me suffit d’être créative afin de me réinventer. Le voyage est plus léger et la route invitante.

Ainsi délestée de toute frivolité, ma réflexion artistique se concentre sur le principal : les enjeux et sujets chauds de notre société actuelle.

Ma vision demeure optimiste et mon langage artistique continue de s’exprimer à travers une surprenante invitation au jeu mettant de côté les traditionnels processus mentaux.

Claudel Lacroix